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La smicardisation menace la valeur travail, mais une réforme est possible !

Dernière mise à jour : 20 mars


Le tassement des salaires par le bas - la smicardisation - menace la valeur travail, mais une réforme est possible ! Cela passe par des ajustements nécessaires de notre modèle social pour rapprocher le brut du net.



Le texte intégral de la tribune :


" Le constat de la smicardisation de la société n'est plus à faire : il est désormais partagé au plus haut sommet de l'État. Il se vérifie tant du point de vue français, où 17 % des salariés sont au SMIC – un record historique –, qu'international, où l'écart de revenu des ménages avec l'Allemagne est aujourd'hui de 12 % alors qu'il était seulement de 5 % en 2010.


Les salariés qui avaient réussi à se hisser au-dessus du SMIC sont rattrapés par un effet ciseau : d'un côté les charges qu'exige notre modèle social décuplent le coût de la moindre augmentation ; de l'autre, l'inflation crée une hausse rapide du SMIC.


Les conséquences de ce tassement des salaires par le bas sont considérables et ne se limitent pas au sentiment de déclassement lié à un pouvoir d'achat qui stagne – ce qui est déjà, en soi, catastrophique. Lorsque le travail ne paie plus, c'est aussi tout un système de valeurs qui s'effondre.


Un pays où le travail ne paie plus assez, c'est un pays où l'éducation ne justifie plus les efforts et la discipline qu'elle demande.


C'est un pays dont les plus brillants esprits s'expatrient, comme 54 % des 18-24 l'envisagent selon un sondage récent ; pour les autres, le « bore-out » et l'absentéisme se généralisent.


C'est un pays où l'immobilier reste détenu par la dernière génération en capacité de l'acquérir, accentuant le conflit intergénérationnel.


En somme, c'est un pays où les origines sociales redeviennent le principal déterminant du succès, ce qui est la pire des injustices. Il est donc particulièrement révoltant de voir ceux qui dénoncent à longueur de journée la reproduction des inégalités soutenir une situation où le salarié médian se voit prélever 17 570 € par an – 43 % du coût total de son salaire.


Pour changer cela, une voie politique existe, une majorité de projet capable de s'entendre sur les nécessaires ajustements de notre modèle social pour rapprocher le brut du net.


Baisses d'impôt

Depuis qu'il est au pouvoir, le président de la République s'est enorgueilli d'avoir baissé la fiscalité de 50 milliards d'euros. Mais parmi ces baisses, deux seulement portent spécifiquement sur le travail : la baisse des cotisations sociales en 2017 – compensée par une hausse de CSG – et la hausse régulière du barème de l'impôt sur le revenu, avec le passage en 2021 de la première tranche de 14 % à 11 %.


La poursuite de cet effort est indispensable : l'impôt sur le revenu est le prélèvement le mieux identifié par nos concitoyens, il doit être encore drastiquement baissé via la suppression de la tranche à 11 %.


Réforme de la prime d'activité

Pour réhabiliter la valeur travail, la prime d'activité a fait ses preuves. Le gouvernement a annoncé la « solidarité à la source » pour simplifier et généraliser son recours. C'est une bonne chose, mais cette prestation reste soumise, comme l'AAH autrefois, aux revenus du conjoint. Il faut donc aller plus loin en la déconjugalisant. Une prestation doit être liée à la situation d'une personne, peu importe le revenu de son conjoint !


Progressivité de la CSG

Par ailleurs, il faut réformer la CSG pour unifier son calcul entre les salariés d'un côté et les retraités et chômeurs de l'autre. Ces derniers bénéficient de taux réduits si leur revenu fiscal de référence est inférieur à 22 580 €. En d'autres termes, la CSG est quasi-progressive pour eux, pas pour les salariés. C'est une injustice : je propose que la CSG soit progressive également pour tous les salariés.


Exonérations de charges sur les bas salaires

Enfin, une réflexion doit s'engager sur les différentes exonérations de charge sur les bas salaires, leur utilité sociale mais aussi leur effet de « trappe à bas salaire » autour du SMIC. Que chacun contribue en fonction de ses moyens, ne serait-ce que symboliquement, doit rester l'objectif de la politique sociale.


Simplifier

Plus encore que réduire l'écart entre le salaire brut et le salaire net, l'enjeu est de les simplifier pour en améliorer la connaissance générale par les Français. Il n'est pas normal que les bulletins de salaire se soient compliqués au point que plus personne n'arrive à s'y retrouver.


Classiquement, on connaît le brut (qui est inscrit sur le contrat de travail) et le net (qui « tombe » sur le compte en banque). Mais existent aussi : le net imposable (qui sert de base au calcul de l'impôt sur le revenu) le net avant impôt (création de la réforme de l'impôt à la source en 2019), le net social (créé l'année dernière), et bien sûr le coût total employeur. La complexité empêche le contrôle : les Français ne s'y retrouvent pas et ne peuvent donc pas exercer leur droit de regard. Il est crucial de simplifier les dispositifs afin de simplifier les résultats.


Ces mesures permettraient à la France de remettre sa machine économique en marche. Elles sont essentielles et politiquement réalistes. Il ne manque qu'une volonté pour lancer ces chantiers importants. Du succès de ces réformes dépendra l'avenir du modèle social français."

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