"Made in France" : mon interview à l'hebdomadaire Bourse Plus

L'Hebdo Bourse Plus, magazine financier et politique, est venu à ma rencontre le mois dernier suite au dépôt de ma proposition de loi sur le sujet visant à promouvoir l’industrie française verrière.


Voici la retranscription complète de cette interview :


« Si, aujourd’hui, l’ensemble des flacons qui finissement par être labellisés « Made in France » étaient produits dans notre pays, l’industrie verrière ne serait pas en cirse. »


Emmanuel Maquet, député LR de la Somme, souhaite ouvrir un débat sur le "Made in France", afin de renforcer les conditions d'utilisation de ce label. Le parlementaire est notamment sensible à la situation des verriers de sa région qui confectionnent des flacons de parfum pour des marques de luxe.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez nécessaire de clarifier l'appellation « Made in France » car le consommateur ne sait pas toujours si le produit et confectionné en France, ou assemblé en France, et il ignore le pourcentage d’éléments français qui le composent. Quelle est votre approche ?


Emmanuel Maquet : Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faudrait qu'il y ait au moins 50 % de la valeur qui soit produite sur le territoire national pour que le produit soit labellisé « Made in France ». Aux Etats-Unis, le pourcentage est de 50 % depuis une décision de Donald Trump. Joe Biden veut le passer à 75 %. Donc, nous sommes réellement dans le respect des accords internationaux. La ministre Agnès Pannier-Runacher me répond que cela relève d'une décision européenne, mais ce n'est pas parce que c'est européen que ce n'est pas possible. Il est nécessaire, plus que jamais, au moment où l'on veut réindustrialiser notre pays, de redéfinir ces notions de façon que le consommateur français ne soit pas trompé quand il achète un produit estampillé « Made in France » avec le drapeau tricolore.


Quel est le pourcentage qui vous semblerait raisonnable ?


Il faudrait d'abord faire un état des lieux objectif pour savoir de quoi on parle. Mais si les Etats-Unis passent réellement de 50 à 75 %, il faudrait être dans cette tendance internationale, car nous ne devons pas être les naïfs du système. On pourrait très bien passer à 50 % et, progressivement, tendre vers les 75 %. Cette approche doit également intéresser d'autres pays européens.


Est-ce cet état d’esprit qui vous a conduit à déposer votre proposition de loi sur l’industrie verrière ?


Je suis effectivement sur un territoire très industriel, avec la production de flacons de parfum de luxe. J'ai été saisi par un certain nombre d'industriels qui sont en situation difficile avec la crise sanitaire. On vend énormément de parfum en Asie et dans les aéroports, mais aujourd’hui on est en train de mettre en place un plan de sauvegarde des emplois sur le site de Verescence à Mers-les-Bains. On observe qu'un flacon qui a été conçu, pensé et fabriqué pendant des années par cette entreprise, est aujourd’hui commercialisée par une entreprise allemande qui fait fabriquer en Pologne. Et, comme le flacon correspond à 5 % de la valeur du produit final, il est peut-être produit en Pologne par un industriel allemand, mais il est estampillé « Made in France » à la fin. Si, aujourd'hui, l'ensemble des flacons qui finissent par être labellisés « Made in France » étaient produits dans notre pays, l'industrie verrière ne serait pas en crise. Elle produirait avec l’existant, car il ne s'agit pas de mettre en place des nouvelles usines et des nouveaux fours, puisque nos installations sont capables de produire tous les flacons dont on a besoin pour maintenir les chiffres d'affaires. C'est un levier sur lequel nous pourrions agir pour récupérer des marchés qui nous ont échappé.


Le fond du problème n’est-il pas la question de l’attractivité de notre pays, avec notamment le poids des impôts et des charges sociales, ainsi que les lois sociales ?


Cela fait partie des autres problèmes sur lesquels nous devons être tout aussi réactifs. J'ai interrogé mes industriels -j'ai une attache affective pour cette entreprise Verescence, puisque mes parents et mes grands-parents y ont travaillé- et, quand j'interroge le chef d'entreprise, il m'explique que les impôts de production représentent 4,5 millions d'euros chaque année. Nous venons de voter, dans le cadre du plan de relance, l'allègement des impôts de production et cela va leur permettre d'économiser 1,5 million d'euros d'impôts de production. Donc, on a compris ce qui posait un problème. Nous y allons progressivement, mais nous savons que l'objectif et que nous redevenions compétitifs. Il faut être capable d'être réactif quand on veut grandir ou compléter un site industriel et, face à cela, il faut s'interroger sur les normes et les strates administratives.


C’est un discours que l’on entend depuis une trentaine d’années, mais rien ne change…


Je ne dis pas que rien ne change. On a fait le CICE sur les allégements de charges, on a quand même réformé le code du travail -pas suffisamment à mon goût- et on est maintenant dans l'allègement des impôts de production. Ce n'est pas assez rapide, certes, mais les objectifs sont quand même maintenant affichés, car il y a un consensus dans les partis de gouvernement pour que l'on arrête de taper sur les entreprises. Dans la Somme, sur mon territoire, nous avons pu implanter Amazon en un an. C'est quand même extraordinaire car c'est un bâtiment de 100 000 mètres carrés. Maintenant, quand le chef d'une petite entreprise veut installer une unité, ou quand un agriculteur veut installer un méthaniseur, c'est le début de la galère !


Toutes ces réformes de simplification apparaissent souvent comme des usines à gaz pour les entrepreneurs, tandis que, dans d’autres pays, les choses se font très simplement…


Sur le Code du travail, heureusement, il n'y a pas des contentieux dans toutes les entreprises de France. C'est vrai, il y a un véritable problème sur les charges et les impôts. Le manque de compétitivité concerne les charges sur les salaires. Cela coûte beaucoup trop cher et c'est effectivement là où l’on a fait n'importe quoi. Mais le CICE n'est pas très compliqué, puisque c'est une restitution au moment de la publication du bilan. Quand on voit ce qui se passe avec la crise sanitaire, on a été extrêmement réactif. On n'a pas été bon sur le sanitaire mais, sur l'économie, on n'a pas été mauvais. Le chômage partiel se débloque assez facilement, idem pour le fonds de solidarité. L'administration a su réagir, parce qu'elle savait qu’au moindre problème on effondrait l'appareil productif et qu'il aurait fallu 10 ans pour nous en remettre. Donc, il y a un peu d’espoir. Tout n'est pas noir. Maintenant, au quotidien, nous devons être en accompagnement des entreprises et non pas en réaction comme on l’est trop souvent, quand on se retrouve chez le préfet ou le sous-préfet, avec l'ensemble des services de l'État qui essayent d'exister en expliquant que telle ou telle photocopie n'est pas la bonne. Déjà, le chef d'entreprise est obligé de racler ses fonds de tiroir pour créer de l'emploi et de la richesse. De l'autre côté, contrairement à ce que dit la loi, au lieu d'accompagner le chef d'entreprise, l'administration surréagit pour l’embêter et lui demander des études supplémentaires, sans cesse et à l'infini. C'est aussi l'un des sujets. Bon nombre de gens sont de bonne foi dans les administrations, mais ils ne connaissent pas la démarche du chef d'entreprise et ils ne savent pas toujours qu'il a dû hypothéquer son pavillon et ses actifs pour créer de la richesse.