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TRIBUNE : « La reconquête de notre souveraineté énergétique passera par l'eau »


J’ai co-signé avec huit collègues députés une tribune publiée au début du mois dans Le Figaro appelant à moderniser et à un réinventer le parc hydraulique français.


Face à la crise de l’énergie sans précèdent que nous traversons, seul un mix nucléaire/hydraulique nous permettra de concilier écologie et souveraineté.


Le texte intégral de la tribune :


« La discussion du projet de loi relatif à l'accélération de la production d'énergie renouvelable a imposé dans le débat public une vision étriquée de ce que sont ces énergies renouvelables. Il s'agirait exclusivement du solaire et de l'éolien. Selon la vision dogmatique que l'écologie politique a progressivement imposée dans le débat public, pour être renouvelables, les énergies devraient donc être intermittentes, non stockables, diffuses et difficiles à mettre en œuvre, et le plus souvent maîtrisées par des industries étrangères. La rupture avec l'histoire énergétique de notre pays nous conduit forcément dans une impasse. Alors que l'acceptabilité de l'impact environnemental, paysager, tarifaire et en besoin de matières premières rares de l'énergie solaire ou éolienne peine à convaincre, elles sont érigées comme la définition exclusive du renouvelable.


Pourtant, la France a une grande histoire avec une énergie puissante, renouvelable, et souveraine : l'hydroélectricité. Totalement neutre en émission de gaz à effet de serre, stockable, pilotable, économe en matières rares, non délocalisable, gratuite, l'eau est de surcroît adaptée à notre réseau électrique existant et permet de grandes ambitions en optimisant les investissements. Le mix français, voulu dès la reconstruction gaulliste de l'après-guerre, c'est le nucléaire et l'hydraulique. Ce n'est pas le gaz russe et le charbon, combinés au vent de la mer du Nord, de nos voisins Allemands. Pourquoi vouloir absolument rompre avec nos points forts pour copier une politique germanique qui a démontré son échec cuisant ? C'est la maîtrise de l'énergie «eau» qui a sauvé notre électricité.


La simple rénovation de nos barrages existants, dans lesquels les investissements sont en attente faute d'accord au niveau européen, permettrait à cette énergie de gagner 5% de production supplémentaire.

Alors que depuis dix ans l'éolien et le solaire captent toute l'attention des gouvernements successifs, sans faire la démonstration de leur capacité à répondre aux défis de sécurisation de notre approvisionnement, cet hiver, c'est l'énergie hydraulique qui a permis à la France de sauver son système, alors même que cette énergie est abandonnée depuis une décennie. L'incapacité des gouvernants socialistes et macronistes, et autres «stratèges» faussement verdis, à imposer une vision française de la production d'électricité à l'Union Européenne, nous a conduits à voir l'hydraulique comme honteux. Pourtant, des marges importantes de production d'énergie durable hydraulique existent.


La simple rénovation de nos barrages existants, dans lesquels les investissements sont en attente faute d'accord au niveau européen, permettrait à cette énergie de gagner 5% de production supplémentaire (soit une demi-tranche nucléaire). C'est majeur. Le potentiel de développement de nouveaux ouvrages hydroélectriques est également très documenté. Il permettrait de gagner près de 15% de capacité de production (soit près de 2 tranches nucléaires). C'est majeur, là encore. Enfin, certaines de nos installations pourraient être modernisées de façon conséquente en gagnant à la fois en productivité et en réduisant leur impact environnemental, à l'image du formidable chantier de Romanche-Gavet, en Isère, qui a permis un gain de productivité de 40%.


La France doit refuser la moindre perspective de mise en concurrence de ses barrages hydroélectriques, comme les injonctions répétées de la Commission européenne voudraient l'imposer.

Un tel plan nécessite du courage politique. Celui d'affirmer que l'eau est une ressource essentielle pour la Nation. Que nous devons nous en occuper sérieusement. Qu'elle ne peut donc pas être dans le champ concurrentiel et qu'il n'y a aucune raison pour que nous soyons le seul pays européen à confier nos barrages à des entreprises étrangères. Car l'eau ne peut pas devenir un bien exclusif. Les enjeux environnementaux, d'aménagement du territoire, de sécurité d'approvisionnement pour les usages domestiques, agricoles, industriels et de navigation, en font un bien précieux. Nous avons besoin de reprendre la main sur cette ressource, conformément à notre histoire nationale, plutôt que de disserter sur des technologies que nous ne maîtrisons pas et que nous importons.


La France doit refuser fermement et définitivement la moindre perspective de mise en concurrence de ses barrages hydroélectriques, comme les injonctions répétées de la Commission européenne voudraient l'imposer. S'il y a bien un sujet sur lequel la parole de la France doit se faire entendre, c'est celui-ci. L'Union européenne doit abandonner cette perspective funeste et la Nation française doit protéger et développer son patrimoine énergétique d'avenir. Sortons du dogmatisme et de la mode pour revenir à nos atouts. Nous avons besoin de retrouver du pragmatisme et de l'ambition, celle du progrès et de la disponibilité permanente, pour notre énergie. L'eau est un formidable moyen d'y parvenir en relevant, simultanément, de nombreux défis qui nous sont imposés par le changement climatique. La France ne dispose ni de pétrole, ni de gaz sur son territoire. Tant mieux. Elle dispose de formidables paysages et d'un savoir-faire industriel d'innovation et de production majeur, qui nous offrent la puissance de l'hydroélectricité. Soyons-en fiers !


Signataires :


Aurélien Pradié, député du Lot


Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin


Jean-Yves Bony, député du Cantal


Vincent Descœur, député du Cantal


Francis Dubois, député de Corrèze


Virginie Duby-Muller, députée de la Haute-Savoie


Vincent Rolland, député de la Savoie


Emmanuel Maquet, député de la Somme

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